L’histoire enchantée du crapaud pélobate cultripède

Publié le: 18 décembre 2008

Catégorie: Risques-Environnement

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Il y a quelques mois paraissait « Bordeaux Port n°67 », la lettre d’information du port de Bordeaux. Ce numéro promettait de nous conter la merveilleuse histoire du crapaud pélobate puisqu’on pouvait y lire le texte ci-dessous :

« L’histoire enchantée du crapaud pélobate cultripède

Espèce protégée au niveau européen, le crapaud pélobate cultripède a élu domicile sur le site portuaire du Verdon, dans le périmètre dévolu à l’implantation potentielle du terminal méthanier. Le Port a décidé d’aider le batracien – en fait plusieurs dizaines – à migrer vers un horizon plus favorable mais tout aussi humide.

Le version gestion intégrée permet d’anticiper la protection de cette espèce. Ainsi, une convention, signée avec l’association Cistude Nature Environnement, afin de gérer la question. « L’idée est de créer et d’aménager des habitats favorables à la préservation de cette espèce parallèlement au développement portuaire » explique Marie-Agnès Dupouey. »

Reprenons ce qui nous est dit. Afin de pouvoir implanter « tranquillement » une industrie SEVESO II, seuil haut, sur un site abritant une espèce protégée, et bien, le Port de Bordeaux se propose tout simplement de déplacer l’espèce gênante…

Si l’on en croit le titre donné à l’article, la migration forcée du pélobate cultripède serait donc, pour le Port de Bordeaux, une histoire enchantée. Un conte de fée, peut-être ? Imaginons la merveilleuse histoire du déplacement forcé du gorille des montagnes pour permettre le développement d’exploitations forestières…Imaginons encore le fabuleux destin de l’ours polaire qu’on aiderait à migrer de la toundra arctique afin d’y exploiter des gisements de pétrole…Et pourquoi ne pas faire de même avec cette espèce si envahissante qu’on appelle les « opposants au méthanier » ? Mais non, ceux-là, ce n’est pas nécessaire : ils ne sont pas sur la liste des espèces protégées…

Sous-couvert de grandes intentions – préservation de l’espèce – le Port de Bordeaux s’autoriserait donc à ôter une espèce de son milieu naturel afin d’exploiter celui-ci à des fins purement spéculatives. Et le tout est défendu sous l’angle du développement durable ! Cynisme ou humour noir ? Cette vision des choses est, en tout cas, tout à fait représentative de l’alibi écologique que se donnent de grandes entreprises afin de revêtir une image éco-responsable tout en menant des actions parallèles dévastatrices pour l’environnement.

Rappelons que le crapaud pélobate cultripède, ou pélobate à couteaux, est menacé surtout par la perte de ses habitats terrestres ou aquatiques à cause de l’urbanisation massive et incontrôlée des zones littorales.

Rappelons aussi que cette espèce fait partie de la liste des espèces protégées au titre des articles L411 1 et 2 du Code de l’Environnement français. Ainsi, l’article L411 1 stipule que «  la destruction ou l’enlèvement des oeufs ou des nids, la mutilation, la destruction, la capture ou l’enlèvement, la perturbation intentionnelle, la naturalisation (…) » des spécimens sont interdits ; de même il précise que « la destruction, l’altération ou la dégradation du milieu particulier à ces espèces animales » sont elles aussi interdite.

En fait, la destruction de l’habitat est, de loin, la plus importante menace pour la survie des espèces protégées, la plupart des espèces ne pouvant ni migrer ni s’adapter dans un autre milieu. Le problème est donc pris à l’envers par le Port de bordeaux. Alors que le bon sens imposerait la protection du milieu pour la survie de l’espèce, le Port de Bordeaux nous propose de déplacer l’espèce pour aisément détruire son milieu naturel…

L’ensemble est tout bonnement scandaleux !

Malheureusement, comme cela s’est vu dans de récents chantiers (chantier de l’A65), l’industriel peut demander des dérogations.

4gas et son principal acolyte, le Port de Bordeaux ne sont pas au-dessus des lois. Il n’y a aucune raison d’accorder une quelconque dérogation à l’article L411 du Code de l’Environnement. Ce point, comme de nombreux autres, sera utilisé en temps voulu par l’association.

Pour lire intégralement, le « Bordeaux Port n°67 », qui contient d’autres articles en rapport au terminal, cliquez ici.

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4 commentaires pour L’histoire enchantée du crapaud pélobate cultripède

  1. Sophie dit :

    Edifiant, ce projet de déplacement du crapaud pélobate…Mais que font les associations de protections de l’environnement locales ? Elles sont pourtant pléthore à se charger de la gestion des espaces sensibles et des espèces protégées qui les peuplent. Ce silence est étonnant.Courage à vous et merci de rester vigilants !

  2. christophe dit :

    Suite à l’article de juillet 2008, publié par le Port Autonome de Bordeaux, l’association Cistude Nature que je représente en tant que Directeur, a répondu au PA en démentissant formellement le fait que nous proposions au PA de déplacer des pélobates cultripèdes dnas le cadre de futurs aménagements.Nous avons envoyer un courrier de démenti au PA ainsi qu’à la Diren Aquitaine, suite à cet article.Nous avons signer pour l’année 2008, une convention, sur la gestion intégrée du Port Autonome, sur la zone inscrite comme constructible au PLU ainsi que sur les zones protégées propriété du PA, cette mission a eu pour but de mettre en avant les espèces protégées présentes sur le site, ainsi que de mettre en avant les points noirs sur le site.Je tiens à préciser que l’associaiton cistude nature n’a pas et ne travaillera pas pour la société 4gas.Il faut s’interroger aussi pourquoi une partie du site a été inscrit comme constructible dans le cadre du PLU. 

  3. Fred dit :

    Je vois que le directeur de Cistude Nature environnement se sent un peu concerné. On ne peut pas en dire autant de toutes les associations locales pseudo-environnementales, il est vrai ! Cher Christophe, pourriez-vous nous détailler davantage le contenu des documents remis au port autonome (et donc, in fine, à 4gas).Merci d’avance.

  4. Michaël dit :

    Peut-être alors que 4gas et le PAB chercheront leur alibi écologique ailleurs que chez Cistude Nature. La réaction de cette association est rassurante.Quant à la question du PLU, la seule réponse est une gestion concertée de l’estuaire et un accroissement de la participation et de l’implication des riverains qui DOIVENT être consultés. L’Aire Marine Protégée sera t-elle une réponse ?J’ose l’espérer.

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