Contribution d’une adhérente : Une fuite étouffée à Ambès

Publié le: 11 janvier 2008

Catégorie: Risques-Environnement

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Peut-être comme plusieurs d’entre vous, je suis tombée, il y a quelques temps, sur un article de Sud-Ouest relatant un bien inquiétant événement survenu au Bec Ambès en janvier 2007…
J’ai tenté d’en savoir plus via le net et je vous propose de profiter de mes recherches en cette date anniversaire de l’événement.

Dans la zone industrielle du Bec d’Ambès donc, les 11 et 12 janvier  2007,  une cuve s’affaisse et se fissure, libérant 50 000 litres de pétrole dans la Garonne, dans les marais alentours et dans la Jalle.
40 km de berges sont souillés. Des habitants se plaignent de désagréments physiques.
Mais il faut attendre presque six mois pour que le sujet soit enfin abordé au grand jour. Et les raisons de l’accident ne sont toujours pas identifiées.
Il faudra également attendre jusqu’à septembre 2008 pour disposer d’un rapport complet qui lui-même pourra modifier la règlementation sur ce type d’installation.
Et combien de temps encore pour identifier un responsable dans un contexte où trois peuvent être incriminés : SPBA, la Société pétrolière du bec d’Ambès, filiale de Total, qui gère le site pour DPA (Docks du pétrole d’Ambès) et enfin, le pétrolier canadien Vermillion qui possède la cuve construite en 1958.

Pourquoi ? La pollution était-elle si négligeable ?
C’est effectivement la première réponse qui est faite aux habitants de Macau, une des communes touchées. Dans un premier temps, la mairie de Macau reçoit un « coup de fil du cabinet du préfet. Pas d’inquiétudes. La situation est sous contrôle« .
Les habitants ont ensuite découvert dans un article de Sud-Ouest qu’il s’agissait d’hydrocarbures. Un spécialiste leur « explique que cette substance non polluante va se diluer« .
La mairie de Macau décide d’en savoir plus et sollicite l’avis d’un expert sanctionné par un huissier, notamment après qu’un riverain l’informe du malaise de sa petite fille de deux ans. La municipalité est peu suivie dans sa démarche par les communes avoisinantes. « Total  c’est d’abord l’employeur« .
A la suite de l’expertise, les habitants se constituent partie civile et le juge d’instruction nommé mandate un nouvel expert. Ce dernier semble avancer que la pollution est minime. Mais l’instruction n’est pas close.
Et personne ne peut dire aux habitants, en janvier, dans combien de temps ces dépôts d’hydrocarbure vont se diluer.
Une certitude cependant, en août il restait encore 3 000 mètres carrés de terrain à nettoyer autour de la cuve qui s’était éventrée le 12 janvier.

Six mois plus tard enfin
La préfecture réunit une Commission locale d’information à destination des habitants.
La société SPBA est tenue de s’expliquer.
Et l’explication est édifiante !
La zone de rétention autour des cuves n’a pu retenir les 12 000 mètres cubes de pétrole que contenait la cuve défaillante à cause de la violence de l’affaissement.
La raison de cet incident n’est pas encore identifiée, mais deux pistes sont explorées : « une cause métallurgique et une cause géologique« , selon les propos de Gilles Coudrette, PDG de DPA, rapportés par le journal Métro.
Le PDG de SPBA pour sa part, concernant le peu de réactivité de la société puisque la cuve a fui pendant deux jours, dit ne pas avoir voulu faire courir le risque à ses employés de descendre dans la cuve pour constater la fuite parce que le temps, au froid, ne le permettait pas. Donc, le fioul a continué à s’échapper…

Ce site industriel est classé Seveso 2, il doit donc répondre à la réglementation en vigueur et a donc dû faire l’objet d’études d’impacts. Pourtant, d’après la mairie de Macau et l’avocat Philippe Landète, qui oeuvre à ses côtés ainsi que pour la Sepanso, «Les études de danger n’avaient pas prévu cet accident».
Etrange, car « En 1988, il y a déjà eu un incident de même nature. L’île de Cazaux présente encore des traces de cette première pollution« , a affirmé Philippe Landète au journal Métro.

La sécurité des salariés peut être un argument recevable.
Le fait qu’aucune procédure de protection des habitants et des zones naturelles n’ait pas été déclenchée, ne peut pas l’être.
Le fait que cet accident n’ait pas été prévu par les études de danger, et donc conçues les procédures à mettre en oeuvre dans une telle situation, ne peut pas l’être non plus.
Le fait qu’apparemment, les sociétés qui cohabitent sur la zone industrielle du Bec d’Ambès, « n’ont aucun protocole de sécurité commun et concerté« , ne peut pas l’être non plus.

Le soir du match France-Angleterre de la Coupe du monde de rugby, pendant que certains faisaient grands bruits à Macau, un « Evacuez le site ! » couvrait les clameurs des amateurs de sport.
Combien de clameurs devront encore être étouffées avant que soient réellement pris en considération les doléances, souhaits, idées ou autres avis des habitants qui souhaitent participer aux dessins de leur avenir ?
Concernant le projet du port méthanier, comment être sûr que les études de sécurité seront complètes si l’on considère ce bien triste et inquiétant exemple? Surtout au regard de l’amateurisme constaté pendant le débat public et surtout aussi si l’on se remémore le leitmotiv 4gasien : « il n’y a de dangers, de telles installations sont sûres »…..
Comment être sûr que les responsabilités des maîtres d’ouvrage ne vont pas se diluer entre les différents intervenants comme le pétrole dans la Gironde, d’autant que 4Gas prétend n’être responsable du gaz qu’à partir de sa prise en charge à l’appontement jusqu’au renvoi dans le gazoduc.
Peut-on accepter de laisser planer des risques si importants dans une zone naturelle dont la préservation est encore fragile, au plus prêt des populations ?
Les autorités doivent savoir tirer maintenant les leçons de cette pollution du Bec d’Ambès.

MLL

Voici mes sources :

L’article Dossier corsé au Bec d’Ambès dans Métro en ligne :
http://metrofrance.com/fr/article/2007/10/22/09/0951-35/index.xml

L’article témoignage de Chrystelle Colmont dans le blog de Sud-Ouest consacré à l’environnement :
 http://environnement.blogsudouest.com/?s=colmont

L’article paru dans le blog personnel d’une pijiste qui reprend un article paru dans Le Monde au mois d’août :
http://reporterre.wordpress.com/2007/08/17/la-garonne-polluee-par-un-deversement-d%E2%80%99hydrocarbures/

Un commentaire pour Contribution d’une adhérente : Une fuite étouffée à Ambès

  1. AVIS aux entreprises qui voudraient s’installer au VERDON, si elles mêmes ne sont pas pollueuses et classées SEVESO 2, elles devront débourser au-delà de leurs prévisions économiques de base.En effet l’article de Philippe BAROUX  paru dans le  journal SUD OUEST du  10/01/ 08, relate que la société ALLIORA MARINE chantier maritime vendéen  qui voulais s’installer à la ROCHELLE la Palice soit environ 12 millions d’Euros d’investissement, a renoncé à son installation pour les raisons suivantes: Le terrain où ALLIORA MARINE voulait s’installer jouxte l’usine GARTECAP qui produit des engrais nitratés et qui est donc classé SEVESO 2. Hors lorsqu’une entreprise veut s’installer à côté d’un site classé dans cette catégorie, les règles d’installation sont extrêmement dures et cela engendre des coûts supplémentaires ! Donc ALLIORA Marine a jugé que ces règles qui étaient édictées allaient augmenter fortement le coût de son implantation. Donc elle a tout simplement renoncé au projet…A bon entendeur salut ! 

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